Les Chroniques de la voyance

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Les codes secrets du Tarot de Marseille

proposé par Laurent ÉDOUARDCodes secrets

Les codes secrets du Tarot de Marseille fascinent les chercheurs amateurs d’ésotérisme, passionnent les défenseurs de l’occultisme et alimentent le mental des liseurs/écrivains/auteurs d’histoires fantaisistes. Chacun y va de son fantasme, de Marie-Madeleine à l’abbé Suger… rien n’arrête l’intellect fécond de ceux qui revendiquent l’existence d’un code secret dans le Tarot de Marseille.

Tout et n’importe quoi a été dit/écrit à propos du Tarot de Marseille. Surtout n’importe quoi ! De ses mystérieuses origines situées dans l’Égypte antique ou en Chine, en passant par une création extra-terrestre puis par la croyance en ses pouvoirs divinatoires censés expliquer sa création… Bref, le dé-lire est infini tout comme l’est la capacité de l’esprit humain à créer des légendes.

Detlef Hoffmann écrit dans « Tarot, Jeu et Magie », le catalogue 1984 de la Bibliothèque Nationale : « S’il est vrai que le tarot est d’abord et avant tout un jeu, il est vrai aussi qu’il est bien plus. Son iconographie est un problème qui a stimulé et stimule encore l’imagination des écrivains et des charlatans, des occultistes et des artistes. »

Il ajoute que : « Le tarot ésotérique, bien loin d’être une contribution éclairante au problème de l’histoire des cartes à jouer, est devenu lui-même une histoire, une histoire de l’imaginaire ».

Il enfonce le clou : « Aujourd’hui, le tarot occultiste, principalement sous ses formes visuelles, doit être replacé dans le cadre d’une littérature et d’une imagerie de pure fiction. »

Voila des propos qui me semblent plus proches de la réalité que ceux des défenseurs de codes secrets dont la finalité se résume le plus souvent à un gros paquet de fric produit par des promesses non tenues de vendre ces codes aux profanes-pigeons qui, par voie de conséquence, finiraient par devenir des initiés.

Or, ces prétendus codes secrets dissimulés dans le Tarot de Marseille ne fonctionnent pas avec l’ensemble des jeux historiques, et je ne considère ici que les meilleures références du genre.

Ainsi, les révélations de Tchalaï que je respecte profondément comme chacun le sait, sont inopérantes dès lors que le jeu utilisé n’est pas celui de Paul Marteau – Éditions Grimaud. Il en est de même pour toutes les découvertes de codes secrets, ce qui fonctionne plus ou moins, avec le jeu de Nicolas Conver ne marche plus avec le jeu de Jean Noblet. Pire encore, le chercheur est parfois même « condamné » à acquérir un jeu de conception récente pour accéder à la compréhension de codes mystérieux.  Un jeu spécialement conçu pour mettre ces fameux codes en évidence ! Il fallait y penser, ils l’ont fait. Il se cache parfois une grande intelligence économique derrière ces codes, ça n’échappera à personne. Hélas, si… les sujets sensibles à l’endoctrinement, perméables à l’esprit sectaire,  tomberont dans les filets ésotériques et mercantiles des maîtres, des experts, des spécialistes et des gourous de tout poil.

Ces codes n’existent pas au sens de codes mathématiques. Les démonstrations faites par les uns et les autres reposent sur des détails graphiques qui ne sont pas communs à tous les jeux historiques. Ces détails sont parfois invisibles, sauf à utiliser une loupe au fort grossissement, et ils sont la plupart du temps interprétés (subjectivement) en faveur de la thèse de l’auteur du code. Il est facile de voir ce que l’on veut voir dans une image, c’est encore plus vrai lorsqu’il s’agit d’une image archétypale comme celle des tarots. Ainsi ces codes reposent sur des détails parfois millimétriques, des traits se transforment en œuf, en lettre, en équerre, en échelle. Même les baguettes se transforment en pénis ! Ce sont des réactions/visions qui résultent de l’EGO. Elles correspondent à l’échelle de valeurs de l’observateur. Parfois ces visions sont justes… Il en est ainsi pour le pénis du BATELEVR chez Noblet.

A moins que… ?

Je partage l’avis de Tchalaï qui écrivait : « Chaque commentateur a un peu raison : il a utilisé le Tarot comme une projection de son propre stade d’évolution, de ses propres préoccupations, expériences, convictions et/ou connaissances, de son EGO pour tout résumer ».

L’énigme est dans l’image, elle est simple, accessible à LAMOVREVX. Aucun livre n’est nécessaire, aucun professeur n’est indispensable. Il suffit de ré-apprendre à voir et regarder pour assimiler, intégrer, faire alliance avec le Tarot. Il n’y a rien à comprendre et aucun code à découvrir. Le Tarot de Marseille est un objet de jeu, de connaissances (de soi et du monde), de communication, de partage, d’introspection… destiné à tous. Il n’est réservé à aucune élite. Chacun, s’il en a envie, pourra entreprendre sa découverte pour son plus grand bonheur. C’est une source de réflexion et un moteur fabuleux pour l’expérimentation et la réflexion spirituelle. Sa dimension magique séduira les plus attentifs de ses observateurs.

Laurent EDOUARD


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12 réponses à “Les codes secrets du Tarot de Marseille”

  1. Bonjour,
    les mystères de l’informatique, ou ????? du ciel???
    Je voulais mettre un commentaire différent dimanche soir, puis rien ne s’est fait,
    il fallait que j’attende aujourd’hui pour vous faire partager ceci :
    une gentille cliente qui m’aime bien(je n’ai aucun mérite) m’a offert le dernier livre de Soeur Emmanuelle , mille et un bonheur et méditations
    et j’ai eu envie de vous écrire ceci :
    le Tarot ne serait il pas « l’école de la vie terrestre », ne voudrait il pas nous montrer les directions, nos qualités, nos failles, nos possibilités, ne nous livrerait il pas un message à méditer sur notre vie et le but de celle ci
    pas de secrets, de codes, mais simplement la direction vers laquelle tendre pour le bien, ou ??????? mais préférons le bien et l’échange.
    Encore l’ego humain c’est à celui qui détient « la vérité », il n’y a pas de vérité, chacun la sienne. Bien sur il y a le savoir à diffuser à tous,
    chacun doit apporter une pierre à l’édifice, surout ceux qui savent.

    VOICI CE QUE JE VIENS DE LIRE :

    l’harmonie
    j’entends l’harmonie(soeur emmannuelle parle), comme un ciel très bleu après les jours d’orage
    Tout est calme, le soleil brille
    Harmonie est un mot merveilleux
    Il me laisse l’impression d’un océan lisse et apaisé où des barques vont et viennent
    Rien ne s’oppose à la vie
    On ne ressent ni peur ni violence
    La joie de vivre est entière
    Ce mot extraordinaire d’harmonie recouvre une réalité rare en ce monde où, dans bien des lieux sur terre, on ne parle que de langage de la violence et de la haine

    alors faisons du Tarot un outil pour l’harmonie, en nous comprenant
    (c’est de moi, ou d’ailleurs peur importe)

    bien à vous tous, et à bientôt au plaisir de vous lire encore
    je le répète, je n’ai aucun mérite, elle (Soeur emmannuelle, m’a dicté ce message)
    je vous envoie du soleil…. Reine

    • Cécile dit :

      Je suis d’accord avec vous. Le tarot n’est pas automatisé et ne possède pas de codes. Il fait juste « echo » à ce qui se passe en nous et autour de nous. Il met en lumière. C’est un support comme un écrivain avec son stylo ou clavier. Ce qui guide son écriture ce n’est pas le stylo ou les touches de son clavier mais son ressenti et ses pensées. ;)

    • comme c’est bon de vous rerouver Reine. Voici quelques phrases que j’ai écrites il y a quelques années.
      Entendre battre un pouls qu’elle merveilleuse harmonie
      Entendre battre plusieurs pouls quel travail Seigneur
      Entendre battre un coeur
      Entendre battre plusieurs coeurs quelle joie Seigneur
      mais, s’il n’est pas dans la gamme
      c’est bien là le drame.
      bien à vous.ghislaine.

      le tarot de Marseille parle mais sachons parfois comprendre son silence

  2. Charly Alverda dit :

    Bonjour

    Bien que Court de Gebelin fut le premier à redessiner des tarots, c’est son « disciple » Aliette (Eteilla) qui fit le 1er tarot restauré !

     » Jean-Baptiste Alliette le jeune est né à Paris en 1738, il y est mort le 12 décembre 1791. La divination par les cartes était alors une pratique assez récente, que l’on peine à documenter avant 1750.  » (Bibliothèque Nationale)

    De Gebelin :

    http://expositions.bnf.fr/jeux/grand/129_1.htm

    Eteilla : tarot restauré

    http://expositions.bnf.fr/jeux/grand/133.htm

  3. Charly Alverda dit :

    Bonjour à toutes et tous

    On ne se relit jamais assez ! Et sur les blogs on ne peut faire de modifications à posteriori, je suis horrifié par mes fautes de syntaxe et grammaire qu’il m’aurait plus plu ! (rires) d’éviter.

    Joignons l’utile à l’utile, sur le forum de Laurent à la rubrique : PARTAGE, j’ai exposé le point de vue d’un « éveillé » sur le monde phénoménal et  » l’absorption  » de celui-ci dans la conscience qui le transforme en connaissance. Je trouve un lien évident avec le Tarot, et indirectement avec les codes secrets ! Qu’on en juge :

    CLAUDE. -Le cosmos doit-il se volatiliser par le seul fait qu’il est devenu intelligible ? Quand bien même j’aurais inclus dans une loi compréhensive. la totalité des relations possibles à l’intérieur de l’univers, mes yeux, mes mains continueraient de témoigner qu’il existe des phénomènes, des formes concrètes.

    MENON. -Eh bien, accueillez leur témoignage. Les yeux, les mains, l’audition et les autres sens remplissent leurs rôles lorsqu’ils réfèrent à un informateur, en éveil derrière eux, les signes impliqués dans les formes. Je m’explique à l’aide d’un exemple. Une silhouette oblongue, aux tons verts et bruns, surgit contre la lumière d’un fond bleu dans le cadre de votre vision. Qui donc l’identifie et le reconnaît pour être un cyprès devant le ciel ? Est-ce la fonction visuelle brute ? Non pas, certainement. Le mérite en revient à un observateur sensible à la dynamique informative des formes, A un témoin prompt à connaître. Ainsi, toutes les activités sensorielles tendent vers la connaissance et atteignent en elle leur foyer. Elles la rejoignent pour s’y éteindre sur divers plans d’intégration.

    Imaginez qu’un enquêteur veuille exploiter à fond les ressources de ses sens accrus par l’instrumentation scientifique pour atteindre une connaissance intégrale -dans ses structures et infrastructures -de l’univers. A mesure que la recherche progresse, les formes visibles et tangibles en usage dans la vie familière cèdent à des configurations abstraites que l’intelligence seule saisit. Les lois succèdent aux lois. La pensée investigatrice se fait impersonnelle et son acuité croit. Quand sera atteinte la source initiale d’intelligibilité l’univers aura été résolu, à la manière d’une énigme, dans sa pure réalité intelligible.

    CLAUDE. -Sera-t-il, pour autant, amené à disparaître ?

    MENON. -Lorsqu’un message secret, transmis dans la formule du code, a été déchiffré, qu’advient-il de la formulation ?

    CLAUDE. -Elle reste bien visible en noir sur blanc.

    MENON. -L’écriture est inséparable, dés après la lecture, de l’intelligibilité du message, car c’est du message que les caractères écrits détiennent leur valeur d’existence. Vous ne pouvez voir en eux, à la suite du déchiffrement, qu’un moyen de communication ; tel est leur sens, noir sur blanc. » (Roger Godel, Dialogues sur l’expérience libératrice)

    Cordialement,

    C…a

  4. Bonsoir,
    contente de vous retrouver, mais je repars en fin de semaine en Corse.
    J

  5. Charly Alverda dit :

    Bonjour Cathy

    Bonne rentrée ! Et merci pour tes bons vœux ! :

    « Espérons qu’en élevant le niveau de l’esprit, vous éleviez aussi le niveau du cœur de vos lecteurs. »

    Ce qui m’aurait plus c’est que tu ne restes pas une spectatrice (bienveillante, certes !) mais un témoin actif ! Y a pas de féminin à témoin ? Glups ! Glarg !

    Amicalement,
    Charly

  6. Cécile dit :

    oulala c’est du costaud des batignolles tout ça :) ) J’y perds encore mon latin. Dites voir… Moi je serai d’avis de penser que c’est un instrument de connaissance de soi et des autres avec le code que l’on veut bien lui donner. …ouais ça c’est pas mal … !

  7. cathy dit :

    C’est la rentrée, et en grande forme à vous lire messieurs.Ce débat de passionnés laisse augurer de bons moments.Vous êtes de vrais  » amateurs » ( ceux qui aiment) et érudits.Espèrons qu’en élevant le niveau de l’esprit, vous éleviez aussi le niveau du coeur de vos lecteurs.

    Bonne rentrée à tous

  8. Omkar dit :

    Laurent,
    Bonjour,
    Je cherche à vous contactez; Auriez-vous la gentiellesse de m’envoyer un peti tmail s’il vous plait ? Frédéric

  9. Charly Alverda dit :

    Bonjour

    Oui, mon cher Laurent, tes propos sont d’une urgente nécessité, car j’ai de la compassion pour ces chercheurs sincères qui vont parfois jusqu’à s’endetter pour apprendre ces fameux « codes secrets » !

    Une grande sensibilité due à des manques affectifs plus ou moins profonds détermine des chercheurs à se mettre en quête d’un merveilleux que cette société marchande occulte de plus en plus et les “marchands de codes” les attendent au coin du bois (de poirier !) les détournant d’une “quête” pour la transformer en “recherche”.

    Si je trouve moi aussi consternant qu’un quidam fasse un jeu de Tarot avec des éléments de divers jeux anciens, dévoilant ainsi sa méconnaissance des “chefs d’œuvres” des maîtres-cartiers, je trouve déplorable d’y ajouter des éléments tirés du Da Vinci Code ! Et de proposer des cours d’initiation à ces “secrets”. Le problème est que les grands décodeurs (rires), s’ils ont en commun d’avoir des égos bien supérieurs à la moyenne, croient à leurs âneries de manière inversement proportionnelle à leur appétit marchand. La “révélation” sera d’un autre ordre que celui qu’ils présentent et le JUGEMENT sous la balance de IUSTICE sera redoutable ! Seule LE TOILLE préservera de l’épée tranchante le décodeur non mercantile ! (saint-serf ?)

    (rires)

    Heureusement, depuis une dizaine d’années, anthropologues et historiens des arts et des sciences, sont enfin d’accord pour localiser dans le temps et l’espace nos chers Tarots, we aren’t alone ! Et tu as fait un bon résumé de la problématique dans : « Imposture taromantique », merci !

    http://tarotvoyant.fr/articles/imposture/index.html

    “L’énigme est dans l’image, elle est simple, accessible à LAMOVREVX. Aucun livre n’est nécessaire, aucun professeur n’est indispensable. Il suffit de ré-apprendre à voir et regarder pour assimiler, intégrer, faire alliance avec le Tarot.“

    Il faut le crier haut et fort !

    Cependant je serai plus nuancé avec la seconde partie de tes propos :

    “Il n’y a rien à comprendre et aucun code à découvrir. Le Tarot de Marseille est un objet de jeu, de connaissances (de soi et du monde), de communication, de partage, d’introspection… destiné à tous. Il n’est réservé à aucune élite.”

    Il reste la possibilité de comprendre ce que ses créateurs transmettaient et voir si nous pouvons encore être concernés par leur vision du monde. Je profite de cet espace pour exposer une conception de la chose, merci !

    Il convient ainsi de dissocier la production des peintres de cour (aux ordres des princes de la Renaissance épris de l’Antiquité) des productions massives des cartiers. La feuille Cary me paraît être le modèle, le “patron”, de ces derniers qui ont transformés ces images en d’autres plus signifiantes par l’ajout de l’hermétisme qui se répand dans toute l’Europe à la fin du Quattrocento.

    Le vrai nom des tarots est on le sait : “triomphes”, jusqu’à la mouvance occultiste de la fin du XVIIIè siècle, et sont décryptables comme les autres “emblèmes” de la Renaissance qui apparaissent avec le Songe de Poliphile (1499) et le fameux “Livre des Hieroglyphica d’Horapollo » (1505), acquerrant ainsi une dimension magique, car elles sont alors vues comme des hiéroglyphes égyptiens (dans le concept de l’époque). Eteilla au XVIIIè siècle appellera encore les symboles du Tarot : hiéroglyphes.

    Rabelais qui mentionne le “tareau”, comme tu le rappelles, était attentif à L’Orus Apollon et au Poliphile, il les mentionne au chapitre 9 de son Gargantua: « Bien aultrement faisoient en temps jadis les saiges de Egypte, quand ilz escripvoient par lettres, qu’ilz appelloient hieroglyphiques. Lesquelles nul n’entendoit qui n’entendist : et un chascun entendoit qui entendist la vertu, propriété, et nature des choses par icelles figurées. Desquelles Orus Apollon a en Grec composé deux livres, et Polyphile au songe d’amours en a davantaige exposé. »

    Si l’on sait qu’à l’époque tout livre d’alchimie est appelé : égyptien et toute gravure hermétique : figure hiéroglyphique, on peut “à bon droict” donner une origine égyptienne aux tarots ! (rire)

    Les Tarots appartiennent à la fois aux genres “devises” et “emblèmes”, je garde ce dernier terme car de nos jours il n’y a pas de mot pour désigner dans leur totalité la devise = sentence et l’emblème = image symbolique. La devise rejetait la représentation du corps humain au contraire de l’emblème mais acceptait celle des «animaux bizarres et des oiseaux fantastiques» ! Si emblème et devise sont bien codifiés en Italie; il n’en est pas de même de l’autre côté des Alpes, ce qui me paraît confirmer la création des Tarots de cartiers en France, je pense à Lyon.

    Marie-France Tristan grande spécialiste de l’emblématique Renaissance précise :

    “Associant texte et image, l’emblème est un genre littéraire nouveau qui se développe à la Renaissance et connaît une grande fortune dans l’Europe humaniste. À la fois jeu intellectuel et véhicule d’un contenu moral, l’emblème séduit les artistes par sa faculté de « peindre la parole et de parler aux yeux » (Claude-François Ménestrier, L’art des Emblèmes, Paris, 1684).”

    Ammirato, avait déclaré que la devise était une «philosophie de chevalier», il écrivait en 1562 : « De même que le philosophe, à travers les fables, commença à dévoiler ses merveilleux et divins secrets pour se faire entendre de certains et non de tous, de même le chevalier, pour dévoiler à certains et non à tous ses intentions, recourut à la fiction des devises ».

    M. F. Tristan :

    “ L’emblème se présente le plus souvent sous la forme d’une triade (emblema triplex) constituée de trois parties caractéristiques :
    - le titre (motto), motif ou devise, est positionné habituellement au-dessus ou au-dessous de l’image ;
    - l’image (pictura) ou vignette ;
    - le texte explicatif (subscriptio), épigramme ou inscription “

    “… Il importe relativement peu, dans la perspective qui est la nôtre, que pour certains auteurs l’« âme » de la devise soit non point le concetto mais le motto ou sentence qui accompagne la figure : dans les deux cas la démarche symbolique est la même . Ce qui compte davantage, c’est que la sentence ne peut et ne doit être, en bonne règle, ni l’expression pure et simple du concetto, ni une explicitation littérale de la figure , mais doit jouer le rôle de médiateur entre ces deux extrêmes qui, en dépit des affinités signalées, appartiennent à des ordres de réalités censés être inconciliables. “

    “… Il n’est pas étonnant que, depuis Giovio, on ait tant insisté sur la nécessité de faire usage dans la devise de figures décantées et stylisées, et de sentences brèves et allusives susceptibles de provoquer par osmose une intuition synthétique et fulgurante… Ainsi dépouillée, la devise était plus apte à produire une connaissance instantanée de son objet – c’est-à-dire de ce concetto indivisible et de cette « unité intellectuelle » dont parlait Farra.”

    “… Ces considérations ne doivent pas faire perdre de vue un autre aspect de l’arrière-plan philosophique de l’impresa. Si les devises ont pour but avoué de « signifier » des concetti, elles ont aussi pour conséquence implicite de prêter un langage à la nature muette représentée par le corpus des figures, et de la presser de livrer le sens caché qui demeure comme en puissance dans les corps naturels ou artificiels tant qu’ils ne sont pas en quelque sorte fécondés par l’esprit du concetto, et sollicités par les paroles de la sentence. Ainsi conçue la devise n’est plus seulement une métaphore, elle est une authentique anamorphose : de même que, par un effet optique, une figure composée d’éléments disparates et non identifiables s’ordonne inopinément en un ensemble cohérent, intelligible et parfois instructif, de même aussi les corps naturels ou artificiels, par un jeu d’analogies conventionnelles ou de subtiles correspondances, se chargent de sens et deviennent les signifiants d’un signifié qui les transcende… Ils retrouvent de la sorte leur véritable destination, qui n’est pas seulement d’être les images plus ou moins parlantes de leur créateur, mais également, et symétriquement pourrait-on dire, d’être le miroir de la psyché humaine.“

    “…. La littérature morale et emblématique revendique volontiers ses lettres de noblesse de l’ancienneté égyptienne. Ainsi l’entend le toulousain La Perrière à la fin des années 1530, peut-être dès 1536 dans son Theatre des bons engins, composé en dizains décasyllabiques: « Ce n’est pas seulement de nostre temps que les Emblemes sont en bruict, pris & singulière veneration, ains c’est de toute ancienneté & presque des le commencement du Monde : car les Egyptiens qui se reputent estre les premiers hommes du Monde, avant l’usage des lettres, escrivoyent par figures & ymages, etc.

    .C’est en outre sur le tronc du néo-platonisme que devait se greffer la plupart des courants de pensée marginaux, de tendance gnostique ou hermétique, qui allaient à leur tour influer sur l’emblématique en faisant intervenir les nombres hébraïques et pythagoriciens, l’orphisme, et plus encore les hiéroglyphes égyptiens, qui pour beaucoup étaient les prototypes de l’expression symbolique dans l’antiquité, et donc les antécédents mythiques et mystiques de l’actuel art des devises.”

    “… Gabriele Paleotti dans son Discorso intorno alle imagini sacre e profane (1582) : le rôle de la sentence est de « donner âme et vie à l’image », et « celle-ci… demeure pareille à un corps sans vie si elle n’est vivifiée par quelque parole ». Également le Tasse, pour qui la fonction de l’inventeur est de « conférer à la devise un nouvel intellect grâce aux paroles, en immortalisant ainsi la vie de la peinture qui par elle-même serait aussi bornée que l’âme des animaux et des plantes » . enfin Tesauro, pour qui il faut introduire la sentence dans la devise « afin que de la greffe de l’écriture sur la figure puisse germer la signification » (Il Cannocchiale, 1624)… Après lui Ammirato donna cette définition simple et concise de la devise : « Une signification de notre esprit sous un nœud de paroles et d’images »

    Ammirato : « L’âme n’est pas plus l’interprète du corps que le corps ne l’est de l’âme. Mais à partir de l’âme et du corps réunis, comme à travers des hiéroglyphes, celui qui voit et qui lit interprète la pensée occulte de l’auteur à partir du nœud de ces deux choses » . Il ajoute ailleurs que la meraviglia produite par la devise « ne dérive ni du sens caché de la figure ni de l’obscurité de la sentence » mais qu’ « elle consiste en un accouplement de deux choses intelligibles qui, parce qu’elles constituent un troisième terme qui n’est ni l’une ni l’autre de ces deux choses mais une combinaison des deux, engendre de ce fait la meraviglia »

    “… Chez certains auteurs, du reste, la correspondance entre le composé humain et la structure de la devise ne se limite pas au simple rapport de l’âme et du corps. C’est le cas de Farra qui conçoit la devise comme un « huomo ideale » et qui voit dans le concetto l’équivalent de l’âme intellectuelle, dans la sentence une similitude de l’âme rationnelle, dans la proportion entre figure et sentence un synonyme rhétorique de l’esprit vital, dans la propriété de la figure « le tempérament » du corps représenté, et enfin dans la figure elle-même le corps matériel proprement dit.”

    Qu’est-ce à dire ? Qu’un “triomphe” ou hiéroglyphe serait un “être” qui aurait un un corps : l’image proprement dite, une tête : un nombre (et non pas un chiffre) et un pied : la légende. Pour employer l’une des expressions favorites des humanistes, tout comme le silex extrait l’étincelle hors de la pierre à feu de la tension entre le nombre et le nom l’image prendrait sens et informerait directement la psyché avant l’intellect. Voici exposée la base de la pratique de la magie “blanche” de la Renaissance, on comprend que l’emblématique fut considérée comme une nouvelle « science ».

    De fait les triomphes “lus” avec notre approche moderne naturaliste n’ont aucun “sens”, de même qu’une gravure de Dürer ou un tableau de Bosch.

    Ainsi nous verrions une tour foudroyée en la Maison Dieu, un Bateleur en 1, une Papesse en II, des amoureux en 6… De cet artefact devenu inutile nous ne pourrions faire qu’un objet de divination, ce qui serait le comble pour une série fermée ! Il n’en sera pas de même si nous recourons à l’analogie que requiert la lecture humanistique.

    Un bateleur n’a aucune raison d’être, sans public, dans le désert d’une campagne, pourtant d’ancien tarots montre le 1 entouré de badauds mais c’est : l’Artisan. Le nombre de l’Unique ne peut évidemment à cette époque désigner un charlatan débutant une série, par contre en reliant le haut et le bas et en réduisant tous les composants de la carte à l’unité, le sens apparaît. Le quatrième pied manquant de la table des manifestations est une analogie du Bateleur unissant le haut et le bas par le feu du “bâton”, c’est l’invisible (Un visible) qui produit le visible, c’est le ternaire prononçant (Mercure/Hermès) qui crée comme démiurge tout phénomène issu du Verbe prononcé. Ce n’est pas non plus une Papesse ( Manfreda cathare ou Jeanne chrétienne) qui est représentée plus ou moins voilée avec un livre (ouvert ou fermé), c’est Dame Nature et son liber M qui apparaît dans la dualité. Toute image lue ainsi analogiquement dévoile son sens par cette tension entre nombre et nom. Il ne reste plus qu’à relier toutes les cartes dans l’unité de notre psyché par réduction progressive de tous les symboles; celui, celle, qui réussit est un maître et un magicien(ne)!

    Pour la petite histoire, c’est grâce à Andréa Alciati que sera lancée en 1531 la mode des emblèmes …malgré lui ! C’est en effet son imprimeur-éditeur Steyer qui ajoutera contre son gré à son recueil d’épigrammes des vignettes. Le livre fut imprimé 130 fois entre 1531 et 1790. Alciat déclarera cependant : “ les mots signifient et les choses sont signifiées, mais les choses aussi peuvent être signifiantes tels les hiéroglyphes. Dans le genre j’ai composé un petit livre versifié intitulé : Emblemata.” La première publication par Andréa Alciati de ses Emblemata est livrée au public parisien en 1536.
    Dès 1540, on dispose en France de plusieurs traductions différentes des emblèmes d’Alciat et d’une série de recueils d’emblèmes rédigés en français par Guillaume de La Perrière, Gilles Corrozet, Guillaume Gueroult et Georgette de Montenay, pour ne parler que des auteurs les plus importants. C’est Nostradamus, qui traduira Horappolo (Horus-Appolon !) en lui prétant des origines mythiques faisant de lui un roi d’Egypte fils d’Osiris.
    À partir des années 1550, de Giovio à Piccinelli et à Tesauro en passant par Ammirato, Ruscelli, Taegio, Farra, Contile, Palazzi, Bargagli, Capaccio et Torquato Tasso, pour ne citer que les principaux de ces auteurs, inonderont le marché.

    Je concluerai en soulignant que depuis à peine une vingtaine d’années :”
    l’emblème représente pour les chercheurs en histoire littéraire, pour les historiens des mentalités, pour les adeptes de sémiotique visuelle, une vraie terra nova, et que jusqu’à présent les recherches n’ont pas permis de cerner avec exactitude les limites d’un genre “. Études Littéraires Volume 29.

    Cordialement,

    C…a


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