Les Chroniques de la voyance

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Techniques oraculaires et archétypes

par Laurent EDOUARD

Les anciennes techniques oraculaires étaient des tentatives que l’on faisait en vue de trouver les probabilités ou les régularités relatives de la situation psychologique humaine.

Les techniques oraculaires ne devraient être utilisées seulement dans des situations très graves, et non comme un jeu de société. On ne devrait utiliser l’oracle que lorsque l’on a une question brulante, ou que l’on se trouve dans une impasse et dans un état de très grande tension émotionnelle, mais certainement pas quand les choses vont sans à-coups et qu’aucun problème particulier ne nous inquiète.

Nous savons que de fortes tensions intérieures se produisent généralement quand un archétype est constellé dans l’inconscient. Quelqu’un qui a un rêve archétypal est généralement dans un état de haute tension dynamique, et c’est la raison pour laquelle JUNG définit les archétypes comme les dynamismes nucléaires de la psyché.

C’est seulement dans un moment de telle tension qu’il faut utiliser l’oracle car, alors, il a des chances de fonctionner et de fournir une réponse sensée. Ainsi, d’une certaine façon, l’archétype est un facteur de probabilité psychique.

Autrement dit la présence d’un archétype constellé dans l’inconscient d’un patient, d’un analysant ou d’un consultant, permet de prévoir, à un haut degré, ses réactions et ses problèmes, parce que – si on sait comment faire – il est possible de lire un tel motif, et, en même temps, de reconstruire la situation et les problèmes conscients qui y correspondent, etc.

L’archétype pourrait être défini comme une structure qui conditionne certaines probabilités psychologiques, et les techniques oraculaires représentent clairement des essais pour parvenir à ces structures.

JUNG disait dans son livre sur la synchronicité que les évènements synchronistiques (et il classait toutes les techniques divinatoires comme des expériences qui ont affaire avec la synchronicité), que ces évènements sont des actes de création, et sont donc uniques. Un évènement synchronistique ne peut pas être prévisible, justement parce qu’il consiste toujours dans un acte de création dans le temps et qu’il est par nature irrégulier.

Si, par exemple, un analysant ou un consultant a un grand rêve archétypal, qu’il se trouve bouleversé et dans un état de tension, il est extrêmement probable que des évènements synchronistiques vont survenir dans son entourage. Supposons qu’il consulte le Tarot et qu’il tire LE CHARIOT et L’ARCANE SANS-NOM. C’est un état de grande tension dans lequel l’oracle dit que la voiture ou encore la conscience se brise. Cela signifierait que le monde conscient de ce patient se briserait tout entier ou pourrait se briser. Alors, voila qu’il sort après son heure d’analyse et qu’il a un très grave accident de voiture. On pourrait en dire bien sûr : « Ah, l’oracle avait même prédit cela, il avait littéralement prévu que la voiture se briserait – quel miracle !« 

Mais si on y pense un peu plus concrètement, ce n’est pas cela qui avait été vraiment prédit. Le consultant aurait pu tout aussi bien rentrer chez lui, être l’objet d’une dissociation consciente et ne pas avoir d’accident de voiture. Il n’est jamais possible d’être sûr, par l’intermédiaire d’un oracle, de ce qui va vraiment arriver.

Les évènements synchronistiques sont ainsi, indiscutablement, des actes uniques de création, et sont en eux-mêmes imprévisibles. Mais alors, on se demande : « Pourquoi donc des oracles ? » Eh bien, il y a des probabilités psychologiques ou, comme Pauli les décrivit un jour, des Erwartungs-kataloge, c’est-à-dire des catalogues ou des listes de ce que l’on peut attendre, ce qui signifie que les probabilités calculables en physique se trouvent toujours à l’intérieur de deux limites définies. On ne peut pas dire que la prochaine expérience aura exactement tel ou tel résultat, mais on peut dire qu’elle se trouvera à l’intérieur d’un certain domaine de probabilité, et non pas à l’extérieur. C’est pourquoi, de nos jours, le calculs des probabilités produit des listes définies d’attentes, ou de résultats attendus.

On pourrait comparer cet état de chose à celui d’un oracle. Supposons que l’on tire une certaine carte du Tarot, le Tarot étant lui-même une liste d’évènements psychologiques probables incluant la synchronicité. Si le consultant fait ressortir LA MAISON-DIEU et L’ARCANE SANS-NOM, qui signifie la rupture ou une séparation par rupture, ou le danger de la brisure mentale consciente, on peut seulement dire que, s’il survient un évènement synchronistique, il appartiendra qualitativement à ce domaine, et on ne peut pas dire, par exemple qu’il rencontrera cet après-midi sa future fiancée. Si quelque chose lui arrive sous la forme d’un évènement synchronistique, ce sera dans le domaine de la rupture de ses mouvements conscients – mais ce qui arrivera exactement ne peut pas être prédit.

On peut dire de cette façon qu’un oracle n’est jamais exact. C’est ce qui est tellement irritant, et c’est ce dont les rationalistes se servent comme argument contre les oracles, dans la mesure où un oracle utilise toujours une espèce d’image symbolique générale, qui peut être interprétée, comme tous les autres symboles, sous de nombreuses formes et à de nombreux niveaux.

Ceux qui ont l’habitude de penser avec une grande exactitude s’irritent des techniques oraculaires, parce qu’elles sont indéfinies. Naturellement, on peut toujours lire n’importe quoi dans des oracles, et, parce que tout y est si vague, les sots et les superstitieux trouvent toujours un rapport et disent après l’évènement qu’il était dans l’oracle. On pourrait dire que tout y est si vague que pratiquement n’importe quoi pourrait arriver, mais en fait ce n’est pas vrai, c’est un argument émotionnel qui est issu d’un préjugé. Il est vrai cependant qu’un oracle n’est jamais exact et ne peut pas prévoir avec précision.

De la même manière qu’un physicien ne peut pas prédire un évènement unique avec une complète exactitude, un oracle ne peut prédire un évènement psychologique précis. Mais il peut donner « une liste de probabilités » où se projette l’image d’un champ qualitatif d’évènements, et il peut prédire que quelque chose va se produire dans ce champ. Il y a là une certaine probabilité psychologique en raison de ce que JUNG appelle l’inconscient collectif.

Les oracles divinatoires sont donc des tentations que l’on fait en vue de rentrer en contact avec la charge dynamique d’une constellation archétypale, et d’en offrir un modèle de lecture.

L’accès à cette constellation archétypale n’est possible que si le consultant qui pose une question a établi un contact avec une situation définie. On ne devrait pas consulter le Tarot sans se demander d’abord : « quelle question ai-je vraiment à l’esprit ? » ou « qu’est-ce que je veux vraiment demander ?« 

On crée ainsi le contact avec son inconscient, et on lui demande de suggérer quelle est la difficulté qui sous-tend la question : « quelle serait ma situation au juste si je prenais tel métier ? » ou quoi que ce soit d’autre que l’on veuille demander. Quand le consultant établit le contact avec la situation spécifique qu’il a à l’esprit, alors, la situation s’éclaire pour un instant.

Librement adapté par Laurent EDOUARD des conférences
de Marie-Louise von Frantz disciple de C.G. JUNG

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2 réponses à “Techniques oraculaires et archétypes”

  1. Merci Charly pour ce commentaire avisé ;-)
    Au plaisir de te lire,
    Fraternellement,
    Laurent E.

  2. Charly Alverda dit :

    Les oracles divinatoires sont donc des tentations que l’on fait en vue de rentrer en contact avec la charge dynamique d’une constellation archétypale, et d’en offrir un modèle de lecture.”

    Mon cher Laurent tu viens de faire une tentative très réussie d’un beau lapsus !

    Cette exégèse jungienne me permet de saisir l’occasion de citer le si méconnu et si bien nommé Jean Carteret.

    “Si le Logos est la mise en proportion du Principe – principio/initium - initiation, le Tarot est une mise en ordonnance et en coordination du Logos. Etant ce parcours global du monde des essences il précède par là même la réalité concrète des contenus.

    La création est le passage à l’acte de ce monde des essences, elle va de la qualité à la quantité, et lorsque l’homme revient de la réalité à cette ordonnance qui la précède et la sous-tend, il en opère une prise de conscience.

    C’est un retour de l’existence à une essence seconde, un retour de la quantité à une qualité nouvelle. Ce retour au Principe par la conscience constitue une initiation véritable et désacralisante.

    Les Arcanes du Tarot forment un panorama de l’ensemble de toutes les formules possibles du verbe. C’est un livre de la création. Certes, ce sont des formules du point de vue du monde, mais c’est l’homme qui peut procéder à la formulation par le jeu ou par la mancie.

    Tirer les Tarots à quelqu’un c’est voir comment le monde se présente en lui, mais c’est à un monde, d’essence que nous aurons alors affaire et non un monde d’existence.

    L’architecture du Tarot témoigne de l’ordonnance de la création par rapport à la créature. La mancie dégénérée et superstitieuse est incapable, dans cette confrontation à ce théâtre du vide, d’y voir autre chose qu’un sombre déterminisme.

    En fait, il s’agit de savoir, y lire comment la création se présente, en ses valeurs poétiques, à la créature. Ce qui révèle alors le style selon lequel le monde s’offre à nous et ce qui se cache derrière tous les accidents du monde. Et ce regard n’est pas mathématique, il ne saurait jamais être que vécu…
    Le Tarot doit être regardé comme le théâtre de ces réalités, il n’a d’autres propos que de nous conter les rapports amoureux et souvent pleins de crises, du Ciel et de la Terre et de l’homme et du monde.

    « La diseuse de bonne-aventure  » ne peut nous renseigner que sur les contenants à vivre et seule la réalité qui suivra pourra remplir ces contenants.

    Autrement dit, tout est possible, toujours, seulement pas n’importe comment, là est la rigueur du langage du Tarot. Cette rigueur n’est absolument pas logique, elle s’exerce dans l’analogie. La logique est à l’analogie ce qu’est la loi des contenus à la loi des contenants.

    Dans l’entre-deux chaises de la vision, le voyant, commençant par l’expérience, doit affirmer la réalité à laquelle il assiste mais cette réalité est l’expression d’une transcendance et d’une structure et il est nécessaire d’en venir à structurer l’expérience du Tarot.”

    Amicalement,
    Charly


© 2008 - 2010 Laurent EDOUARD, tarologue professionnel.
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